mais encore...

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mémoire 3 (ma plus belle lettre d'amour)

 

  1. MA PLUS BELLE LETTRE D'AMOUR

 

Elle travaille maintenant dans une agence de voyage… Mais surtout, Julia va se marier début juillet.

« Non, non, je n'ai pas invité mon père. Il ne voudra pas » me dit-elle

« Et d'autre part mes grand parents maternels ne seront pas d'accord… »

 

C'est  là que je lui propose un travail assez particulier, dans le but de ne pas perdre une occasion exceptionnelle de faire peut-être  un pas décisif :

La « lettre retournée ».

Cette méthode m'a été inspirée en partie par le travail d'une américaine,  Byron Katie [1]  à qui je rends hommage ici pour la pertinence de cet apport.

 

 

- 1ère étape : La lettre de rêve

 

Il s'agit de rédiger une lettre qui serait celle que l'on aimerait recevoir de la personne avec qui il s'agit de dénouer la relation.

Pour réaliser ce projet, on va imaginer que cette personne a fait un stage qui lui a fait prendre conscience de sa part de responsabilité dans la relation.

 

 

 

Pour amorcer la rédaction, je propose en général une espèce de trame :

 

Ma  chère Julia,

 

Je voudrais aujourd'hui te  remercier pour …

Je  te demande de m'excuser pour …

J'ai réalisé que …

Je suis désolé pour…

Pardonne- moi pour…

Je ne voulais pas…

Je comprends que …

Je  te pardonne au sujet de …

J'apprécie quand…

Je t'aime parce que…

Je te souhaite de ...

Tu mérites de …

Je t'embrasse

 

           (Signature)

 

 

C'est une fiction bien sûr, cependant, il ne s'agit pas ici de mettre des généralités un peu creuses mais d'étayer le plus possible avec des faits spécifiques réels, des souvenirs, des exemples.

 

Julia rédige ainsi une première lettre qu'elle me lit…

Je ne me souviens plus de la teneur précise, mais elle est émue :

Son père s'excuse de son silence, lui parle de ses difficultés, lui révèle combien elle lui a tant manqué toutes ces années, lui souhaite une vie de femme heureuse et épanouie, et surtout un très beau mariage !…

 

Souvent, lorsque je propose cet exercice, comme ici avec Julia, je quitte ma place de vrai docteur derrière mon imposant bureau, pour me mettre sur une chaise à côté.

C'est un moment très intense aussi pour moi. Je suis profondément touchée par ce qui est en jeu par le  courage, l'authenticité de mes patients.

J'appelle ça dans mon cœur « écouter comme de l'or », car en effet c'est bien de l'or qui sort de la bouche de Julia à ce moment là.

 

 

-       2ème étape : Retournement vers soi-même

 

Nous utilisons maintenant cette même lettre en la retournant, comme si on s'écrivait à soi-même :

 

Ma chère moi-même,

 

Je voudrais me remercier pour entrer en contact avec moi-même aujourd'hui…

Je me pardonne de  mon long silence …

Je mérite de  Etc…

 

Cette étape est une surprise car je donne les consignes successivement. Comme cela  est assez insolite et demande un peu d'aide, nous la faisons ensemble.

L'effet produit est réconfortant et recentre Julia sur sa capacité à se donner à elle-même ce dont elle a besoin. Elle se détend, et rit de ses propres propositions affectueuses à son égard.

C'est un moment assez ludique. Je lui demande de me la relire à haute voix pour bien sentir ce que cela produit en elle.

 

 

 

-       3ème étape : Dernier retournement

 

C'est l'étape clé de ce travail.

Nous allons maintenant reprendre la 1er lettre,  en la retournant vers son expéditeur initial (le père), - mais sans en changer les termes -, en restant le plus possible collé au texte premier tout en en vérifiant bien sûr la cohérence et la véracité intérieure :

 

Mon cher Papa,

 

Je voudrais aujourd'hui te remercier pour…

Je voudrais m'excuser de mon silence …

Je voudrais te dire combien tu m'as manqué …

Etc…Jusqu'à :

 

Tu  mérites un très beau mariage !

 

- « Mais ça ne veut rien dire ! »

- « Ah, bon ? »

- « ah !… il mérite… mon  mariage … »

 

L'effet est saisissant : Surgit alors pour Julia l'évidence de l'invitation.

Elle est bouleversée. Ce moment est bien sûr le plus intense pour Julia comme pour moi.

Il est accompagné de nombreux silences qui permettent de ressentir les profonds remaniements qui sont en train de se faire. Mais, curieusement la charge émotionnelle est cependant toujours moins lourde que lors de la première lettre où la personne est très centrée sur elle.

Cette étape s'accompagne toujours de grandeur, et elle laisse une impression de plénitude : Il ne manque plus rien. [2]

La suite de l'histoire témoigne de la réussite de cet échange, avec la présence heureuse quelques mois plus tard de son père à un somptueux mariage à l'italienne : Julia arrive avec son époux dans un hélicoptère blanc …

Par ailleurs, le lien est également de plus en plus vivant entre Maria et son ex-mari.

Il vient récemment de lui offrir un superbe imperméable…blanc, je crois.

 

ÿ                  REGARD SYSTEMIQUE

 

 

· Une circularité fictive « sécurisée » :

 

 

C'est une circularité fictive bien évidement, mais qui a tout de même le grand bénéfice d'exister et d'amener le patient à se poser des questions !

C'est cette fameuse « injonction à penser » qui va faire une différence.

Cet exercice permet de se mettre à la place de l'autre, ce qui est déjà intéressant en soi, et il donne l'occasion d'un dialogue authentique et profond.

Mais surtout cela permet un échange beaucoup plus sécurisé  en termes d'innocuité.

 

 

En effet, comme nous l'avons vu dans les premières lettres écrites par Maria, les premiers pas sont faits. Cependant, ce genre de lettres avec une  « mise à plat » dont le but annoncé est de remettre du lien, sont en fait constellées le plus souvent de « peaux de bananes ». Il s'agit de petits coups de canif plus ou moins volontaires, fait de reproches maquillés et de « bons conseils » maladroits qui éclipsent malheureusement  tout le reste, l'esprit humain ayant hélas la fâcheuse tendance de ne retenir que les critiques :

- « Merci mon chéri, d'avoir mis la table, mais tu as oublié le sel ! »

La première version «  lettre de rêve » évite cet écueil et garantit du coup une lettre d'amour d'une puissance sans pareille.


 

· Modifier le passé :

 

Ce qui est frappant dans cette expérience c'est de s'interroger sur le pouvoir du présent sur  le passé. On peut mesurer l'efficacité d'une thérapie, non pas à changer le passé, mais à en changer le récit. Cette transformation du récit si élégamment travaillée  en systémique avec l'introduction d'un conte par exemple, a peut-être un impact beaucoup plus important que celui que la modestie des systémiciens lui attribue.

En effet on peut envisager que ce regard transformé au présent, chargé de nouvelles qualités telles que l'écoute et la compréhension puisse modifier réellement la trame du passé

 

D'une façon totalement empirique le célèbre metteur en scène et écrivain  Alexandro Jodorowsky [3] a beaucoup inspiré ma vie professionnelle. Dans « La danse de la réalité », il repeint des souvenirs douloureux, sachant que la chimie de notre cerveau nous rend apte à superposer les souvenirs afin d'écraser une image par une autre. Dans notre responsabilité créatrice du monde, la frontière entre l'imaginaire et la réalité est loin d'être définie et inamovible.

 

A.Jodorowsky écrit également des pages magnifiques où il donne vie à des petites marionnettes qu'il a sculptées représentant de ses parents :

«… Elles disaient des choses que je n'avais jamais pensées, essentiellement se justifiaient, considérant mes critiques injustes, insistaient sur le fait qu'ils m'aimaient et, à la fin, se plaignaient en exigeant  que moi-même, pour les avoir déçus, je leur demande pardon… »

 

· La vie est un art [4]

 

Tout comme un artiste qui peaufine une image jusqu'à ce qu'elle soit la parfaite expression de son idée, il semble que nous sommes des artistes perpétuels construisant une création sans fin qui change constamment au moyen de notre palette de croyances, de jugements et d'émotion.

 

         Dans la célèbre expérience de la double fente, les physiciens Niels Bohr et Werner Heisenberg démontrent en physique quantique que le simple fait de regarder quelque chose d'aussi minuscule qu'un électron, c'est-à-dire de concentrer son attention sur lui ne serait-ce qu'un instant, en modifie les propriétés pendant l'observation. Ils suggèrent qu'il existe un nombre infini de possibilités, et que toutes existent déjà et se produisent simultanément : c'est la focalisation de notre conscience qui détermine laquelle devient notre  réalité. (à savoir si un électron se comporte comme une particule ou comme une onde).

 

         Sir Roger Penrose, professeur de mathématique à Oxford, avance que même si l'ensemble des possibilités existe en un point du temps, c'est l'état qui a besoin de la moins grande quantité d'énergie qui est le plus stable, et c'est celui-ci qui devient notre réalité

 

         Le physicien John Wheeler, va encore plus loin, en modifiant l'expérience de la double fente, laissant entendre que  les choix que nous faisons aujourd'hui peuvent affecter directement quelque chose qui a déjà eu lieu dans le passé, concept connu sous le nom de « Gomme quantique ».

 

                                             

    On trouve l'illustration de cette Gomme quantique dans le « British Journal of Médecine » avec une expérience rapportée par le psychologue et anthropologue médical Alberto Villoldo qui porte sur les résultats rétroactifs du pouvoir de la pensée dans une étude portant sur 5000 patients [5] :

 

 Les chercheurs ont fait trier par ordinateur les dossiers médicaux, s'échelonnant sur 10 ans, de 5000 patients souffrant d'infections sanguines en deux groupes aléatoires : un groupe dont on ne s'occupe pas, et un groupe  pour qui des gens vont prier. Les chercheurs ont ensuite vérifié les dossiers et se sont aperçus que, de façon statistiquement significative les malades du deuxième groupe avaient séjourné moins longtemps à l'hôpital et avaient eu moins de température, même si ces prières ont été récitées 10 ans après leur sortie d'hôpital.

 

 

 Toutes ces études très déstabilisantes témoignent de ce que John Wheeler appelle

 l'univers participatif. Elles nous interrogent sur l'aspect chronologique non linéaire du temps.

Elles suggèrent qu'il n'y a pas vraiment un maintenant par rapport à un avant et un après, mais que tout existe simultanément.

 

Enfin, aussi invraisemblable que cette idée puisse paraître, c'est en tout cas une très bonne nouvelle quand à l'impact de la réécriture des histoires de notre vie.

Quant à Julia, notre jolie princesse, l'exercice de la Gomme quantique, elle s'en félicite encore,

puisque tout finit ainsi, le plus joliment du monde dans notre conte de fée systémique :

«  Ils se marièrent, et espèrent avoir bientôt beaucoup d'enfants ! »

 



[1] Byron Katie « Aimer ce qui est ». Edition Ariane

[2] Et comme dit Franck Kane, que je remercie au passage pour la générosité de ses partages :

«  Si tu veux vraiment quelque chose, il y deux solutions, et deux seulement : Demande le, ou donne le. »

[3] Alexandro Jodorowsky « La danse de la Réalité » édition Albin Michel«… Attendant un visa, je restais trois mois immobilisé dans une chambre d'hôtel, par un hiver rigoureux. La chambre était grise, déprimante, le lit étroit et dur, le lavabo émettait sans cesse des grognements porcins, la fenêtre était envahie par les flèches de néon d'une pizzeria. Ne voulant plus me souvenir de ces mois de si cruelle solitude, je me mis à peindre mentalement les murs de la chambres de couleurs brillantes, je donnai  une grande taille au lit, avec des draps de soie et des édredons de plumes, je changeai les grognements du lavabo en paisibles notes de trompettes et ajoutais à la fenêtre, au lieu des flèches montrant une pizza sanglante, un paysage bleu lunaire où dansaient des entités lumineuses. Je changeai mon affreuse chambre en un lieu enchanteur, comme si j'avais fait des retouches sur une mauvaise photographie. Je parvins à ce que la pièce réelle s'unisse pour toujours à la chambre imaginaire… » 

 

 

[4] Dessin inspiré du tableau de Paul Delvaux. « Le miroir » ( merci  Philippe ! )

[5] « British Journal of Medicine ». 

      (Ref: L'âme retrouvée. Alberto Villoldo ed AdA)

 

 

 



23/11/2008
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