mais encore...

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mémoire 4 deuil et retournement

 DEUIL et retournement

 

Ce deuxième récit témoigne d'une expérience personnelle que je peux aujourd'hui qualifier de systémique, bien qu'elle ait été menée pourrait-on dire avec une certaine « compétence inconsciente ». Elle  se déroule dans un contexte beaucoup plus poignant puisqu'il s'agit d'un        deuil brutal.

 

CONTEXTE

 

Sabine avait 18ans, lorsqu'elle a trouvé la mort dans un accident.

J'entretiens depuis longtemps de très bons rapports avec sa mère et connais sa petite sœur par ma plus jeune fille.

Dès l'annonce de ce drame (le lendemain) je me rends chez eux pour leur offrir le petit réconfort que l'on espère pouvoir apporter dans ces moments terribles.

Le corps de la jeune fille est encore à la morgue.

La douleur des parents est telle, qu'ils peuvent à peine parler. Seul le silence est de mise. Je m'y rends plusieurs fois jusqu'au troisième jour, où le corps est ramené au funérarium.

C'est à ce moment-là que mon amie me déclare que ni elle ni son époux, ni le petit ami de Sabine n'ont le désir ni le courage d'aller voir le corps de leur fille avant sa mise en bière. Seule leur jeune fille envisage de peut-être pouvoir s'y rendre avec sa tante.

 

Je ne sais pas trop pourquoi ni comment je fais cela, mais je leur propose alors  de venir tous les trois en discuter avec moi, et de faire un petit travail ensemble le lendemain soir à mon cabinet avant de prendre une décision définitive. A ma grande surprise, ils acceptent d'emblée, sauf l'ami de Sabine qui se tient silencieux, dans une profonde souffrance.

 

Le lendemain, je prépare mon cabinet après mes consultations. Je m'assure de ne pas être dérangée, puis je prends un temps pour faire environ 20 minutes de méditation afin d'éliminer chez moi toute émotivité parasite.

 

LES LETTRES

 

Nous nous installons, et je leur explique après avoir fait ensemble quelques minutes d'un silence apaisant, que je vais leur demander un travail d'écriture.

Il s'agit d'inventer la lettre que Sabine leur adresserait là, aujourd'hui, si cela était possible.

Les consignes sont à peu près les mêmes que celles qui sont données à Julia plus haut.

Ma proposition les déroute. Ils sont athées et rejettent toute croyance, surtout le père de Sabine dont la douleur et la rage sont telles face à cet arrachement qu'il donnait hier encore des coups de poings dans les murs. J'explique que c'est en effet une fiction, mais que l'intérêt de ce travail est ailleurs. Ils me font en confiance, et j'amorce l'exercice en donnant des exemples.

 

 

LECTURE DES LETTRES

 

-       1ère étape : lettre de Sabine

 

C'est la sœur de Sabine qui semble la première prête à lire sa lettre, ce qu'elle fait devant ses parents. Sa lettre est toute simple. Sa grande soeur s'excuse auprès d'elle de cet abandon brutal, lui demande de soutenir ses parents.

Mon amie prend la suite. Elle s'arrête souvent mais réussi à  parler au nom de sa fille de leurs liens, de leurs complicité lorsqu'elles faisaient de la couture ensemble, de leurs rires. Elle demande à sa mère de continuer à faire vivre ce qui les a unies. L'émotion est intense.

Le père de Sabine a plus de mal. Il est souvent interrompu par ses sanglots.

Ce moment est évidemment très chargé. Je prends soin de garder un contact visuel très fort pendant la lecture, sans jamais le lâcher. En fait j'ai l'impression curieuse que c'est mon regard qui les tient debout.

 

-       2ème étape : lettre à soi-même

 

J'hésite sur l'opportunité de cette étape, dans un contexte si difficile. Elle apparaît au début totalement incompréhensible à mes amis. Je les guide les uns après les autres.

Finalement, cette étape se révèle fort utile et efficace pour alléger l'atmosphère.

Ils comprennent brusquement qu'ils peuvent être une ressource pour eux-mêmes, et qu'ils sont aptes du coup à répondre aux demandes du défunt imaginées dans la lettre précédente. (« Je m'excuse de m'être abandonné »)

 

-       3ème étape : lettre à Sabine

 

Ce moment est crucial. Je les assiste chacun sur des retournements les plus rigoureux possibles, mais c'est beaucoup plus facile que je ne l'aurais pensé. Les formulations sont impressionnantes de sens, surtout pour le père de Sabine qui me semblait la plus fragile au départ.

« Pardonne- moi de t'avoir abandonné » devient

« Pardonne-moi de t'avoir abandonnée ».

Cette phrase adressée à la défunte résonne pour lui avec profondeur.

La lecture à haute voix de ce que chacun veut dire et offrir à Sabine est solennelle et magnifique.

Il n'y a plus de larmes mais une immense noblesse chez chacun d'eux.

 

Deux heures se sont écoulées depuis leur arrivée. L'atmosphère est maintenant détendue, presque euphorique d'avoir levé un tel fardeau. Ils se tiennent tous les trois beaucoup plus droit avec la voix beaucoup plus posée. Je sers un verre d'eau à chacun.

La décision d'aller au funérarium s'impose comme une évidence.  Ils décident de s'y rendre ensemble, tous les trois dès le lendemain matin.

 

Après leur départ, je suis moi-même stupéfaite d'un tel retournement. Je suis aussi surprise de ne pas être du tout fatiguée, mais au contraire remplie de cette espèce de joie que l'on ressent en calligraphie quand la main s'est sentie guidée et que l'on contemple le trait juste, qui naît  au bout du pinceau.

Ils me raconteront plus tard qu'ils se sont sentis transformés par ce travail. (« Avant, on était anéantis, maintenant nous sommes debout »)  Ils réussissent chacun à parler à Sabine au funérarium et reconnaissent combien cette étape a été importante pour eux. Mon amie retrouve enfin le sommeil cette nuit-là.

Le lendemain, ils sont métamorphosés et deviennent une ressource pour leur entourage.

Le contraste avec l'état de l'ami de Sabine qui reste replié dans son immense détresse est saisissant.

Deux jours plus tard, lors des obsèques, mon amie est capable, avec une voix bien présente,  de participer à un chant monté par leur groupe d'amis.

 

ÿ        REGARD SYSTEMIQUE

 

· Cybernétique et qualité du thérapeute

 

Je m'interroge sur la notion de  « cybernétique de deuxième ordre » dans cette expérience.

L'exercice professionnel nous apprend qu'avant même nos compétences de thérapeute en termes de technique, notre présence en tant que simple observateur, par appartenance au système nous rend déjà très « contagieux ».

 

J'ai été touchée lors de mes stages, par la modestie et la prudence des thérapeutes systémiciens que j'ai rencontrés dans l'exercice de leur art. Leur patience également a été une source d'inspiration  moi qui suis toujours tentée de tirer sur mes salades pour les faire pousser plus vite. (Annexe  : La leçon du papillon).

 

J'ai bien retenu 

« Il n'y a pas de patients résistants, il n'y a que des thérapeutes impatients »

Patients, mais pas inquiets, respectueux, décodant les émotions sans les éprouver mais sans s'en couper, et gardant une position joueuse tout en restant vigilant…

Les systémiciens ont bien compris qu'outre l'alliance, les qualités d'écoute et d'empathie étaient les qualités indispensables requises lors des entretiens.

 

Le monde des systémiciens n'a pas attendu les recherches scientifiques pour se rendre compte de l'influence de leurs émotions sur leurs patients, mais elles valent le détour, un détour qui va jusque dans notre ADN :

 

· L'intrication quantique

 

Ø    Les expériences de Poponin et Gariaev[1], au-delà des théories du nouvel âge, font la démonstration de l'influence directe que nous exerçons sur le monde de la matière

en testant le comportement d'un brin d'ADN enfermé dans un tube où l'on a fait le vide, sur des particules de lumière (photons), le matériau quantique dont est fait notre monde.

En présence d'ADN, les particules de lumière firent ce que personne n'avaient prévu : Au lieu de demeurer dispersées sans ordre aucun, elles se disposèrent différemment en présence de matière vivante.

 

Ø    Allant plus loin, dans une autre étude, on prélève du tissu dans la bouche d'un volontaire. Celui-ci visionne, à plusieurs kilomètres de là une série d'images vidéo conçues pour susciter de fortes émotions et l'on enregistre de fortes réactions électriques chaque fois que le donneur éprouve des chocs émotionnels.[2]

 

Ø    Entre 1992 et 1995, les chercheurs Glen Rein et Rollin Mc Craty[3]  isolent de l'ADN humain dans un cylindre de verre, et l'exposent à une forme puissante d'émotion appelée « émotion cohérente » qui n'est rien d'autre qu'une forme de méditation calmant le mental et dirigeant l'attention sur le cœur.

Par des procédés d'analyses visuelles et chimiques, les chercheurs prouvent que l'émotion humaine influence à distance et  modifie la forme de l'ADN la faisant s'enrouler ou se dérouler selon les différentes intentions.

 

Ø    Enfin l'expérience la plus incroyable que je connaisse de deuxième cybernétique est celle d'Hoponopono[4]. vous le trouverez su ce blog dans les articles "extraordinaires"

Ce récit participe à ce que la systémique appelle la « déconstruction de ce à quoi l'on croit »… Et comme le dit le philosophe  danois Sfren Kierkegaard :

 

« Il y a deux façon de se leurrer :

La première, c'est de croire ce qui n'est pas vrai.

La seconde, c'est de refuser de croire ce qui est vrai. »

 

· Fractales et poupées russes

 

 

La pensée taoïste décrit le monde comme une toile où tout est relié et interdépendant : Selon un modèle holographique, la modification d'une partie modifie le tout :

 

 

                               « Lorsque tu cueilles une fleur, tu déranges une étoile »      

                                

 

  • A l'image des poupées russes, notre organisme est constitué d'un ensemble de 
  • Cellules
  • Collaborant pour créer un Etre Humain, unité simple d'une fractale beaucoup plus vaste
  • Qui s'appelle Humanité (qui est en train de comprendre ses liens vitaux d'interdépendance si elle veut survivre)
  • Elle-même collaborant (idéalement !!!) avec les autres règnes minéral, végétal et animal pour constituer un organisme global, vivant et respirant, notre planète Gaïa
  • Celle-ci  appartenant à un organisme encore plus vaste, mais tout aussi organisé et vivant, ayant une conscience infiniment supérieure, avec ses propres lois : le Système Solaire dont notre soleil est l'étoile. C'est la « tête pensante » de l'organisme. Les étoiles avec leurs petites planètes personnelles constituent les véritables « habitants » de l'univers.
  • Notre étoile habite une belle galaxie en spirale, la voie lactée, un joli « village » de quelques milliards de milliards d'habitants
  • Notre galaxie faisant partie d'un « amas local » d'une trentaine  galaxies …etc !!

 

 

· Apport de la méditation

 

L'étude puis l'exercice de la médecine traditionnelle chinoise inclut la pratique du Qi Gong,

comprenant entre autres, la pratique de la méditation.

La méditation fait partie assez naturellement du quotidien de toute personne qui exerce la médecine traditionnelle pour « aligner » le geste et la parole à la cosmologie.

Sa pratique régulière a pour effet constant une conscience  accrue d'unité et d'interdépendance,

 

Dans l'expérience de cette famille ravagée par le deuil, il me paraît intéressant d'analyser ce qui a été mis en jeu.

J'ai conscience que le fait de ne plus avoir en tête bien précisément, à ce moment-là, les différentes phases du deuil décrites par Elisabeth Kubler Ross[5] a été plutôt bénéfique. Dans le cas contraire, la question du temps de maturation et le principe d'innocuité m'aurait invité à une prudente réserve qui m'aurait réduite à un silence chaleureux et respectueux.

 

J'en arrive à penser que lors de cette rencontre, les temps de  méditations préalables ont probablement eu un effet important.

On sait que sa pratique contribue à créer cet état particulier  d'unité et d'appartenance  à un système infiniment plus vaste, qui installe la qualité de  « Présence ».

On observe une distension du temps, avec un profond état de calme intérieur.

Le pouvoir du moment présent, la conscience d'un système infiniment plus vaste  enlève à la mort son caractère dramatique.

 

Je reviens sur la proposition de  Sir Roger Penrose qui avançait que : même si l'ensemble des possibilités existe en un point du temps, c'est l'état qui a besoin de la moins grande quantité d'énergie qui est le plus stable, et c'est celui qui devient notre réalité.

 

Je suppose ici que cet état d' « émotion cohérente » et de confiance requiert moins d'énergie ?

Il aurait pu donc devenir à ce moment-là la réalité dominante pour cette famille et modifier assez durablement un état intérieur de façon à pouvoir accueillir de nouvelles informations, sources de nouvelles réponses dans cette situation de deuil.

 

 

· Un changement de « niveau »

 

En tout cas, ce n'est pas moi qui le dis, c'est Einstein ! :

 

 « Nous ne pouvons résoudre un problème,

si nous restons au niveau de pensée où il a été créé »

 

 

Or, l'expérience de la méditation me semble être justement  l'occasion d'un puissant changement de niveau avec une perception modifiée de l'espace-temps, et une conscience très différente de ce que nous appelons habituellement le réel.


 



10 VladimirPoponin. « The DNA phantom Effect/ Direct Measurement of a New Field in the vacuum Substructure »1995. Site Internet de Weather Master : www.twm.co.nz/DNAPhantom.htm

[2] Advances :Julie Motz The journal of Mind-Body Health, vol 9. Santa Fe, NM

[3] Glen Rein, Ph.D., Rollin Mc Craty,Ph. D, « Effect of Conscious Intention on Human DNA »Proceedings of the International Forum ON New Science (Denver, CO, 1996

[4] HO'OPONOPONO*    Par  Joe Vitale Texte original :

http://www.freewebs.com/shamanism/articles.htm -Site de l'auteur : http://www.mrfire.com

[5] Elisabeth Kubler Ross Accueillir la mort, Editeur : Pocket

    Extrait de "La source noire", P. van Eersel, éd. Grasset.



03/12/2008
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